Souvenirs
Elle se trouve
là, au milieu d'une plaine, dans le noir, une boite en métal rouillé ouverte.
Seules les étoiles éclairent son visage, seules les étoiles éclairent les
larmes qui coulent sur ses joues rouges. Elle tient en main un couteau. Elle
ressasse ses souvenirs. Elle les ressasse encore.
Meredith a
toujours été une fille adorable. Une petite fille aux cheveux bouclés en or,
polie, gentille. La petite fille exemplaire. Toujours ce beau cliché qui fait
rêver les mamans. Où était sa maman pour en rêver aujourd'hui ? Meredith
ne faisait jamais de bêtises, elle était toujours là pour aider sa grand-mère
qui faisait de même avec Meredith. Mais où était sa maman pendant tout ce
temps ? La petite fille aidait sa grand-mère pour les courses, le ménage,
la cuisine ... Pour vivre tout simplement.
- Tu sais ma petite, ce n'est pas
toujours facile de vivre, mais il ne faut jamais rien oublier, car c'est dans
les souvenirs qu'on pioche notre force...
Elle lui
paraissait bien sage, sa grand-mère, à Meredith et elle savait à quel point
elle avait de la chance de l'avoir. Elle suivait ses conseils à la lettre.
« C'est dans les souvenirs qu'on
pioche notre force... » Elle portait toujours à son bras plusieurs
bracelets. Le premier était celui de sa meilleure amie, un bracelet en perles
vertes, bleues et blanches. Le deuxième était son premier voyage au ski,
multicolore celui-ci. Le troisième, était complètement diffèrent, une chaine argentée
avec des pendentifs. Son premier amour. Le quatrième était orange avec des
petits cœurs doré. La rentrée à l'université.
Bien sure
elle en avait eu d'autres, mais certains s'étaient cassés, alors elle les avait
déposés dans une boite à souvenirs en métal. Depuis, la boite a rouillée, mais
garde toujours les souvenirs de Meredith... Au fond, sa vie était un réel plaisir avant
que tout change, que tous disparaissent.
Elle était
rentrée à l'université, pour faire médecine, et avait réussie avec succès.
C'est là que tout a débuté. Sa mère était partie à la naissance de sa fille laissant
son mari seul avec sa fille, et disparue. Le père de Meredith lui a toujours
caché la vérité, même si au fond d'elle-même elle ressentait de temps à autre
un vide. Elle avait complété ce vide avec sa grand-mère. Elle n'avait jamais
vue sa maman, jusqu'à la remise des diplômes. Il faisait beau, et son père
était venu accompagner de sa grand-mère souffrante. Meredith monta sur
l'estrade, remercia les professeurs et s'en alla juste après. Une femme courue
après elle. Elle ne lui cacha pas longtemps qu'elle était sa mère. Elle lui
sortit un énorme mensonge sur son père qui la battait, et lui demanda de la
suivre chez elle. Bien sure, encore trop innocente elle la suivie sans même
prévenir sa famille qui était venue l'applaudir. L'appartement qu'elle habitait
sur la 3éme avenue était affreux, mais moins affreux que ces colocataires. Elle
prit pitié de sa mère, et se mit très vite à travailler et à verser beaucoup
d'argent à sa mère qui en avait besoin. Elle se mit aussi, hélas, à renier sa
famille, prétextant qu'ils avaient été infâmes avec sa mère, et qu'ils ne
méritaient que la mort. Elle oublia ainsi son père et sa grand-mère qui
l'avaient élevée.
Quand sa
mère fut bien installée, dans un bel appartement, recevant assez d'argent et
vivant une vie presque parfaite elle oublia sa fille, ignorant les rendez-vous,
ne répondant plus aux appels etc... « Après tout tu es grande ? Tu peux
te débrouiller seule... ». Ne pouvant rentrer chez son père et chez sa
grand-mère, pour cause, ça faisait presque trois ans bientôt qu'elle ne leurs
avait plus parlés, elle se réfugia chez les anciens colocataires de sa mère.
L'ambiance n'était pas très réjouissante, elle se noya vite dans la cocaïne,
quitta ainsi son travail et fini par s'enfoncer, s'enfoncer dans la dépression.
Comme sa famille lui manquait, comme elle regrettait, comme elle s'en voulait... « C'est dans les souvenirs qu'on pioche notre
force... » Elle jetait des fois un œil sur ces bracelets et rêvait de
l'époque où elle avait encore un avenir, où elle n'était pas juste une
toxicomane amie avec des saoulards. Ses bracelets lui faisaient mal, ils la
seraient comme les remords serraient son cœur. Bientôt un bracelet rejoint les
autres, un bracelet brun, un bracelet qui n'a ni perles, ni pendentifs, ni
fils... Juste la cicatrice du premier appel au
secours...
Ce soir
elle est dans une plaine avec sa boite à souvenirs, et son couteau. Seule avec
les étoiles qui sont très présentes. Il fera beau demain...
Elle ressasse ses souvenirs. Elle les ressasse
encore... Retrouvera la force qu'il faut pour se remettre sur pied, sans famille,
sans amis, sans soutien ? « C'est
dans les souvenirs qu'on pioche notre force... »
Elle
approche le couteau de son poignet et coupe d'une traite. Tous les bracelets
tombent dans la boite. Sauf la cicatrice. Elle referme cette boite et l'enterre
dans la plaine. Peut être n'a-t-elle pas tiré assez de forces de ses souvenirs.
Peut être qu'il ne faut pas abandonner ... Peut être va-t-elle faire sa plus
grande erreur... Elle prit le couteau et l'enfonça là où les remords la
serraient, en pleins cœurs.
Un jour,
quelqu'un déterrera la boite, et les mettras à son bras. Un jour quelqu'un
ouvrira la boite rouillée, se demandera d'où vienne tous ces bracelets et
trouvera un petit billet avec juste écrit : « C'est dans les souvenirs qu'on pioche notre force... »
Et il s'en
ira, les bracelets au bras, ne sachant rien, ne sachant pas à quels souvenirs
appartiennent ces bracelets, ne se doutant pas que le moindre faux pas peut
couter cher. Tellement cher.
Nastia
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